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Crise chez OpenAI : les salariés font bloc pour le retour de Sam Altman

L’éviction surprise de Sam Altman a déclenché une révolte sans précédent chez OpenAI. Près de 500 des 770 salariés, ainsi que plusieurs dirigeants, menacent de quitter l’entreprise si son conseil d’administration ne démissionne pas. Microsoft a déjà annoncé recruter l’ancien patron de ChatGPT.

Des employés réunis dans un laboratoire d’IA après une crise de gouvernance touchant leur direction.
Illustration : Actu.ai

L’entreprise à l’origine de ChatGPT traverse l’une des crises de gouvernance les plus spectaculaires qu’ait connues le jeune secteur de l’intelligence artificielle générative. En l’espace de trois jours, OpenAI a évincé son cofondateur et directeur général Sam Altman, nommé un nouveau patron, vu son principal partenaire Microsoft recruter Altman, et affronté la menace d’un départ massif de ses propres salariés.

Au mardi 21 novembre 2023, l’issue du bras de fer reste incertaine. Mais un constat s’impose déjà : la contestation ne vient pas seulement de l’extérieur. Une large partie des équipes et des dirigeants d’OpenAI estime que la décision du conseil d’administration met directement en danger la continuité des travaux de l’organisation.

Une lettre qui place le conseil sous pression

Le lundi 20 novembre, les membres restants de l’équipe dirigeante ont demandé, dans une lettre rendue publique, la démission de l’ensemble du conseil d’administration. Leur exigence est claire : les administrateurs doivent quitter leurs fonctions et Sam Altman doit être réintégré à la direction générale.

La mobilisation dépasse très largement le cercle des cadres. Selon plusieurs informations de presse, près de 500 des 770 employés d’OpenAI ont aussi menacé de démissionner si le conseil refusait de partir. Pour une organisation qui compte des chercheurs, ingénieurs et spécialistes de l’infrastructure extrêmement difficiles à remplacer, la menace est considérable.

Les signataires estiment que le licenciement de Sam Altman compromet le travail accompli par les équipes. Cette position témoigne du rôle très particulier qu’Altman a pris dans l’essor d’OpenAI. Depuis le lancement public de ChatGPT en novembre 2022, il est devenu l’un des visages les plus identifiés de l’IA générative, à la fois auprès du grand public, des entreprises et des investisseurs.

RepèreCe qui s’est produitConséquence immédiate
Vendredi 17 novembreLe conseil d’administration écarte Sam Altman de son poste de directeur général.Une crise de direction s’ouvre chez OpenAI.
Week-end des 18 et 19 novembreLa possibilité d’un retour de Sam Altman est discutée.Les salariés et le secteur technologique suivent des négociations sous tension.
Lundi 20 novembreOpenAI nomme Emmett Shear à sa tête.L’hypothèse d’un retour immédiat d’Altman paraît s’éloigner.
Lundi 20 novembreMicrosoft annonce recruter Sam Altman et Greg Brockman.Le principal partenaire d’OpenAI se place au cœur de la crise.
Lundi 20 novembrePrès de 500 salariés menacent de quitter OpenAI.Le conseil est confronté au risque d’une fuite massive des talents.

Pourquoi le départ de Sam Altman secoue autant OpenAI

Sam Altman n’était pas un dirigeant interchangeable. Cofondateur d’OpenAI, il incarnait l’organisation au moment où ses outils devenaient des produits utilisés dans le monde entier. ChatGPT a rendu les grands modèles de langage accessibles à un vaste public : ces logiciels peuvent produire du texte, résumer des documents, répondre à des questions ou générer du code à partir d’instructions écrites.

Derrière cette visibilité se trouve une entreprise dont les recherches exigent des compétences rares, des infrastructures informatiques coûteuses et des partenariats industriels solides. La stabilité de l’équipe dirigeante est donc déterminante. Le départ soudain de son directeur général et de Greg Brockman, ancien président et cofondateur, risque de désorganiser les équipes aussi bien que les relations avec les clients et partenaires.

Greg Brockman a lui aussi quitté OpenAI après avoir été écarté du conseil d’administration. Avec Sam Altman, il fait partie des figures associées à la construction d’OpenAI et à la montée en puissance de ses modèles GPT. Leur éloignement simultané explique en partie la réaction particulièrement forte des salariés.

La crise est également révélatrice d’une singularité d’OpenAI : sa gouvernance. L’organisation a été créée avec une mission de long terme, celle de développer une intelligence artificielle générale sûre et bénéfique à l’ensemble de l’humanité. Cette ambition cohabite avec des activités commerciales en plein essor, notamment autour de ChatGPT et des modèles utilisés via des services en ligne.

Cette double logique peut créer des tensions. D’un côté, OpenAI doit financer des recherches très coûteuses et répondre à une demande commerciale croissante. De l’autre, ses responsables doivent préserver des garde-fous et une mission centrée sur la sûreté des systèmes d’IA les plus avancés.

Le désaccord de fond sur la stratégie d’OpenAI

L’éviction de Sam Altman a surpris par sa brutalité, mais les informations disponibles suggèrent qu’elle s’inscrit dans un désaccord plus profond. Ilya Sutskever, cofondateur et scientifique en chef d’OpenAI, a annoncé l’arrivée d’Emmett Shear à la tête de l’entreprise. Selon des informations de presse, il aurait joué un rôle important dans la décision d’écarter Sam Altman.

Le grief rapporté est stratégique : Sam Altman aurait privilégié une approche jugée trop centrée sur le succès commercial à court terme, et insuffisamment prudente au regard de la mission initiale d’OpenAI. Il ne s’agit pas d’un débat abstrait. Les modèles d’IA générative gagnent rapidement en capacités et suscitent des interrogations concrètes : erreurs de réponse, désinformation, protection des données, concentration du pouvoir technologique et contrôle des systèmes les plus puissants.

Pour autant, le conseil ne semble pas avoir convaincu une grande partie des collaborateurs de la nécessité de sa décision. La lettre des salariés inverse le rapport de force : elle présente le départ du dirigeant comme un danger plus immédiat pour OpenAI que le maintien de son ancien directeur général.

Deux visions qui s’affrontent chez OpenAI

Priorité à la mission et à la prudence

  • Préserver l’objectif d’une IA générale sûre et bénéfique.
  • Éviter qu’une accélération commerciale ne prenne le pas sur la sécurité.
  • Confier au conseil un rôle de garde-fou stratégique.
  • Accepter des décisions difficiles au nom de la mission fondatrice.

Priorité à la continuité et à l’exécution

  • Maintenir la cohésion des équipes de recherche et d’ingénierie.
  • Conserver Sam Altman comme figure centrale de l’entreprise.
  • Poursuivre le développement de produits comme ChatGPT.
  • Préserver la relation opérationnelle avec Microsoft et les partenaires.

Microsoft accueille Altman et Brockman

Le même lundi 20 novembre, Satya Nadella, directeur général de Microsoft, a annoncé que Sam Altman et Greg Brockman rejoindraient Microsoft. Ils doivent y diriger une nouvelle équipe consacrée à la recherche en intelligence artificielle avancée.

Cette annonce change profondément la portée de la crise. Microsoft est le partenaire industriel le plus important d’OpenAI et un acteur majeur de l’informatique mondiale. L’entreprise fournit notamment une partie de l’infrastructure de calcul indispensable à l’entraînement et au déploiement des grands modèles d’IA. En recrutant les deux dirigeants évincés, elle offre une solution professionnelle immédiate à des personnalités centrales de l’écosystème OpenAI.

Plusieurs membres importants du personnel ont également été évoqués parmi les possibles départs vers Microsoft. Parmi eux figurent Jakub Pachocki, l’un des responsables de l’équipe de traitement du langage ayant travaillé sur GPT-4, Szymon Sidor, ingénieur présent chez OpenAI depuis 2016, et Aleksander Madry, responsable d’une équipe étudiant les risques liés à l’intelligence artificielle.

Le signal envoyé aux salariés est puissant : ceux qui souhaiteraient quitter OpenAI ne se retrouveraient pas nécessairement sans perspective. Microsoft a indiqué vouloir proposer à ces chercheurs et ingénieurs un environnement leur permettant de poursuivre leurs travaux dans des structures relativement indépendantes au sein du groupe.

Emmett Shear, un dirigeant venu de Twitch

Face à la possibilité d’un retour de Sam Altman, rapidement évoquée durant le week-end, le conseil a finalement fait un autre choix. Emmett Shear a été nommé directeur général d’OpenAI le lundi 20 novembre.

Shear est surtout connu pour avoir dirigé Twitch jusqu’en mars 2023. Cette plateforme de diffusion vidéo en direct, particulièrement populaire dans le jeu vidéo, est née de Justin.tv. Le service avait été créé en 2007 autour de la diffusion de la vie quotidienne de Justin Kan, avec notamment Emmett Shear parmi les fondateurs du projet.

Son profil présente une expérience réelle de dirigeant dans une grande plateforme numérique confrontée à des enjeux de modération, de communautés en ligne et de croissance rapide. Mais OpenAI représente un défi très différent. L’entreprise se trouve à l’intersection de la recherche de pointe, des infrastructures de calcul, de la commercialisation de produits très médiatisés et du débat mondial sur la sécurité de l’IA.

Surtout, son arrivée ne résout pas automatiquement le problème de légitimité interne. Le nouveau dirigeant prend ses fonctions alors qu’une part importante du personnel demande ouvertement le départ du conseil qui l’a nommé. Sa première tâche sera donc autant managériale que technologique : éviter que la crise ne se transforme en départ collectif.

Ce que révèle cette crise de gouvernance

Les 72 heures qui ont suivi l’éviction de Sam Altman montrent à quel point les entreprises d’IA reposent sur des équilibres fragiles. Elles ont besoin de talents scientifiques de haut niveau, de financements considérables, d’accès à des puces et à des centres de données, mais aussi de dirigeants capables de représenter leurs intérêts auprès du public et des partenaires.

Dans le cas d’OpenAI, trois pouvoirs se retrouvent face à face : le conseil d’administration, les salariés et le partenaire industriel Microsoft. Le conseil détient le pouvoir formel de nommer ou de révoquer le directeur général. Les employés détiennent une part essentielle de l’expertise qui donne sa valeur à l’organisation. Microsoft, enfin, dispose d’une capacité financière et technique qui pèse lourd dans l’avenir des modèles développés par OpenAI.

Cette séquence interroge aussi le modèle de gouvernance d’une entreprise dont la mission vise la sûreté de systèmes potentiellement très puissants. Un conseil doit-il pouvoir freiner une stratégie commerciale s’il estime que celle-ci s’écarte de la mission initiale ? Comment prendre une décision aussi lourde sans perdre la confiance des équipes qui conçoivent les modèles ? Et comment concilier une mission d’intérêt général avec les attentes d’un partenaire industriel de premier plan ?

Ce qu’il faut surveiller

Dans les prochains jours, l’enjeu principal sera de savoir si le conseil d’administration parvient à maintenir son choix tout en évitant les démissions annoncées. Le nombre de salariés qui passeraient effectivement à l’acte sera un indicateur décisif de la gravité de la crise.

Il faudra également observer la capacité d’Emmett Shear à installer une nouvelle direction reconnue en interne, ainsi que la forme concrète que prendra la nouvelle équipe de recherche annoncée par Microsoft autour de Sam Altman et Greg Brockman. Si une part significative des talents d’OpenAI choisissait de les rejoindre, les conséquences pourraient dépasser la seule organisation et reconfigurer une partie de la recherche privée en IA.

Enfin, cette crise pourrait devenir un cas d’école pour tout le secteur. Elle rappelle qu’à mesure que l’IA générative devient un enjeu économique et stratégique majeur, la question de savoir qui décide, au nom de quelles priorités et avec quelle responsabilité, devient aussi importante que la performance des modèles eux-mêmes.

Questions fréquentes

Pourquoi Sam Altman a-t-il été évincé d’OpenAI ?

Le conseil d’administration d’OpenAI a décidé d’écarter Sam Altman le 17 novembre 2023. Les informations disponibles font état d’un désaccord sur la stratégie de l’entreprise, notamment entre l’accélération commerciale des produits d’IA et la mission historique de développement d’une intelligence artificielle sûre et bénéfique. Les raisons détaillées de cette décision n’ont pas été pleinement rendues publiques.

Combien de salariés d’OpenAI menacent de démissionner ?

Au 20 novembre 2023, près de 500 des 770 employés d’OpenAI auraient signé ou soutenu une lettre menaçant de quitter l’entreprise. Ils demandent la démission du conseil d’administration et le retour de Sam Altman. Cette mobilisation est exceptionnelle pour une entreprise dont les compétences techniques reposent sur des chercheurs et ingénieurs très recherchés.

Sam Altman rejoint-il vraiment Microsoft ?

Oui. Satya Nadella, directeur général de Microsoft, a annoncé le 20 novembre 2023 que Sam Altman et Greg Brockman rejoindraient le groupe. Ils doivent y piloter une nouvelle équipe de recherche consacrée à l’intelligence artificielle avancée. Microsoft reste parallèlement un partenaire majeur d’OpenAI, ce qui rend la situation particulièrement complexe.

Qui est Emmett Shear, le nouveau patron d’OpenAI ?

Emmett Shear est l’ancien directeur général de Twitch, plateforme de diffusion vidéo en direct très connue dans l’univers du jeu vidéo. Il a quitté cette fonction en mars 2023. Le conseil d’administration d’OpenAI l’a choisi le 20 novembre pour succéder à Sam Altman, dans un contexte de forte opposition d’une partie des salariés.

Pourquoi la crise d’OpenAI est-elle importante pour l’intelligence artificielle ?

OpenAI est devenue un acteur central de l’IA générative depuis le succès de ChatGPT. Une fuite de ses chercheurs et ingénieurs vers Microsoft ou d’autres entreprises pourrait affecter ses projets et son rythme de développement. La crise met aussi en lumière un débat fondamental : comment concilier innovation rapide, intérêts commerciaux et sécurité des systèmes d’IA avancés ?

Sources

Références consultées pour la rédaction de cet article. Les adresses sont indiquées à titre informatif et ne sont pas des liens.

  1. OpenAI, site officiel et informations institutionnellesopenai.com
  2. Microsoft News, annonces et actualités officiellesnews.microsoft.com
  3. Bloomberg, actualités technologiques et économiqueswww.bloomberg.com/technology
  4. The Information, couverture du secteur technologiquewww.theinformation.com